La politique étrangère actuelle de l’Inde soutient clairement un ordre mondial multipolaire, malgré l’hégémonie suprême des États‑Unis et leur approche centrée sur eux‑mêmes en matière de relations internationales. Cela met gravement en péril les intérêts nationaux des pays relativement faibles et en développement, souvent qualifiés de « Tiers Monde », dont l’Inde, même si elle est aujourd’hui la quatrième économie mondiale. Cela décourage inévitablement la consolidation des institutions internationales et régionales dans le monde multipolaire en devenir et mine l’esprit solennel des négociations multilatérales, entraînant des pertes importantes pour les pays du Tiers Monde.
Les fondements moraux et culturels de l’Inde en matière de politique étrangère
Dans ce contexte, les objectifs de développement national de l’Inde exigent la liberté de décision et l’action indépendante, que doit poursuivre sa politique étrangère, caractérisée par la doctrine du non‑alignement, afin de protéger et faire progresser ses intérêts nationaux et de décourager l’alignement des États en blocs rivaux, consolidant ainsi l’esprit de multipolarité dans les relations internationales et promouvant les intérêts plus larges de l’humanité dans le monde.
Alors que le monde en mutation d’aujourd’hui pose souvent des défis importants, voire des menaces pour la survie même d’un État, compte tenu des contraintes et des déterminants structurels des relations internationales, comme l’a souligné le grand réaliste de notre époque, John Mearsheimer, les anciennes traditions morales de l’Inde et son riche patrimoine culturel, marqués par la paix, la non-violence, la justice et la liberté, soulignent sa magnifique politique d’humanisme et de cosmopolitisme au service du bien-être de l’humanité tout entière.
Montée des inquiétudes sécuritaires et évolutions géopolitiques
Comme il est évident, les déterminants structurels susmentionnés contribuent de manière significative à l’augmentation des inégalités économiques et des menaces militaires, engendrant ainsi des préoccupations en matière de sécurité, comme en témoignent les crispations militaires de juin entre les États‑Unis, Israël et l’Iran, ainsi que celle entre le Venezuela et les États‑Unis, sans oublier la longue guerre Russie‑Ukraine et les conflits armés meurtriers entre Israël et le Hamas qui ont pris une tournure atroce, avec des groupes terroristes horribles. Le Hezbollah au Liban et les Houthis au Yémen, qui avaient ouvert de nouveaux fronts de guerre contre Israël par le passé, ont désormais été détruits par Tel‑Aviv.
Pris ensemble, ces menaces tendent à dévier l’ordre libéral-démocratique ainsi obtenu vers un nouvel ordre mondial probable dominé par des économies émergentes marquantes dans le « troisième monde » : le Brésil, l’Afrique du Sud, l’Inde, l’Argentine, aux côtés de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) — comprenant la Chine, la Russie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan, l’Ouzbékistan, l’Inde, le Pakistan, l’Iran et la Biélorussie — et son 25e sommet, qui s’est tenu du 31 août 2025 au 1er septembre 2025, à Tianjin, en Chine.
En fait, l’OCS, fondée en 2001, est aujourd’hui devenue un forum économique efficace pour les pays pauvres et en développement, connus comme le Tiers Monde, qui s’efforcent de se reconstruire après avoir souffert de siècles de discrimination et d’exploitation, forgeant ainsi l’esprit de coopération Sud‑Sud préconisée bien plus tôt par le Mouvement des non‑alignés, dont l’Inde est un membre fondateur éminent et un ardent partisan de la doctrine du non‑alignement.
C’est pourquoi la politique étrangère indienne continue de progresser avec des modifications adaptées et une estime et une confiance en hausse, comme en témoigne le sommet de l’OCS 2025 susmentionné et les gestes conciliants de Trump envers le Premier ministre indien Narendra Modi sur la question des tarifs, ce qui nous rappelle à nouveau les relations cordiales passées entre l’Inde et les États‑Unis au cours de ses premières années de mandat présidentiel.
Il est possible que le sommet de l’OCS ait presque remodelé la scène mondiale en mettant en lumière une Troïka composée de Moscou, Pékin et New Delhi — presque à l’image de l’ancienne configuration Inde, Chine et États‑Unis — et cela a considérablement remis en cause l’emprise qu’exerçait jusqu’ici les États‑Unis sur l’ordre mondial, perpétuant l’attitude centrée sur soi de Washington dans les relations internationales et les affaires mondiales.
Partenariats stratégiques et développement technologique
Alors que l’Inde continue de maintenir sa politique phare de non-alignement sur la scène internationale, elle a de plus en plus besoin du soutien américain pour accéder au Conseil de sécurité des Nations unies et à d’autres forums importants, tels que le G8, AUKUS (partenariat de sécurité Australie–Royaume‑Uni–États‑Unis), le Groupe des Fournisseurs de matières nucléaires et le régime de contrôle des matières fissiles.
Le pays cherche également à sécuriser les dernières technologies scientifiques liées à la sécurité énergétique — notamment l’énergie nucléaire et d’autres sources d’énergie non conventionnelles — le supercalcul, les technologies de l’information, l’exploration spatiale et océanique, les études météorologiques et des moussons, les technologies d’ingénierie critiques et les dernières avancées médicales, parallèlement à la modernisation militaire et au développement des dernières technologies d’armement.
Malgré les efforts de l’Inde pour obtenir le soutien américain à son propre avancement, les entreprises, les talents et les start-ups indiens apportent désormais des contributions significatives à l’économie et à la sécurité américaines. Il n’est pas surprenant que les États‑Unis soient devenus la principale destination des exportations de défense de l’Inde, soulignant ainsi les échanges économiques et sécuritaires croissants entre les deux plus grandes démocraties du monde.
Outre ces questions, l’Inde fait face à des menaces graves le long de la ligne McMahon et à ses frontières internationales avec la Chine en raison des prétentions expansionnistes de Pékin, qui poussent les deux voisins à se distendre, en plus des exportations du terrorisme transfrontalier par le Pakistan.
Outre la lutte contre les violences organisées par les réseaux terroristes internationaux et la criminalité économique des principaux délinquants économiques, New Delhi exige un soutien clair et sans équivoque de Washington non seulement pour elle-même mais aussi pour la paix et la sécurité globales de l’Asie du Sud, de l’Asie de l’Ouest et de l’Asie centrale. Cette exigence a été réaffirmée à la lumière de l’inclination des États‑Unis envers le Pakistan et de leurs efforts pour rééquilibrer leur stratégie, en particulier envers l’Asie du Sud, dans le cadre d’une politique plus systématique et cohérente pour l’Asie, compte tenu des défis croissants posés par la Chine sous l’administration de l’ancien président américain Joe Biden. Sur les questions économiques, Biden a écarté les anciens tarifs de Trump sur les importations chinoises. Le président Biden a recherché un effort plus global pour dé‑risquer la relation économique avec la Chine et mettre en place des contrôles plus stricts sur le transfert de technologies avancées.
En réalité, Biden a lancé de nombreuses mesures politiques et institutionnelles en Asie qui ne suivaient pas l’héritage de Trump pour équilibrer la pression économique exercée par la Chine. Parmi ces mesures significatives, élever le Dialogue Quadrilatéral sur la sécurité (Quad) au niveau sommet et élargir la portée du partenariat stratégique avec l’Inde sont les plus pertinentes dans la bonne entente émergente du XXIe siècle entre les deux plus grandes démocraties.
Par ailleurs, pour contrer les visées impérialistes des États-Unis, associées aux objectifs expansionnistes et néocoloniaux de la Russie et de la Chine, les États-nations du Sud global, y compris les États non alignés, doivent renforcer l’esprit de la coopération Sud‑Sud susmentionnée et d’autres instruments de régionalisme et de mondalisation, tout en investissant dans des politiques axées sur les travailleurs et en rejetant les cadres néolibéraux qui soutiennent les intérêts économiques occidentaux au détriment du développement local spécifique. De plus, il est nécessaire de renouveler l’attention portée au renforcement des institutions multilatérales telles que les BRICS et l’Initiative BIMSTEC (Bay of Bengal Initiative for Multi‑Sectoral Technical and Economic Cooperation), ainsi que sur les accords commerciaux régionaux indépendants de l’influence américaine.
Ainsi, les politiques commerciales et tarifaires mondiales doivent être restructurées pour privilégier des pratiques équitables du travail, la protection de l’environnement et la justice économique pour les pays en développement, tout en freinant les divergences émergentes entre les États‑Unis et les États européens occidentaux dans l’intérêt global de la paix, de la sécurité et des traditions libérales-démocratiques-progressistes de l’Occident, y compris l’alliance de l’OTAN.
L’Inde soutient la réalité croissante d’un monde multipolaire et d’une Asie multipolaire, et elle participe activement aux négociations mondiales pour faire progresser les intérêts communs de la communauté internationale, y compris les siens. De toute évidence, l’approche réaliste émergente dans la politique étrangère de l’Inde met en évidence les objectifs indépendants du pays, à atteindre avec l’objectif d’accomplir ses intérêts nationaux vitaux, tout en décourageant l’alignement des États-nations en groupes rivaux.
[Kaitlyn Diana a édité cet article.
