Le nord‑est de la Serbie, riche en minéraux, se transforme sous l’impulsion de l’expansion des activités d’extraction de cuivre et d’or menées par la société chinoise Zijin Mining. Les mines avalent des villages, polluent les rivières et provoquent le déplacement de familles, alimentant les craintes quant aux risques pour la santé des populations locales et pour le patrimoine culturel. Et alors que les investisseurs étrangers se bousculent pour s’approprier une part des ressources serbes, la souveraineté et l’autonomie du pays sont en jeu.
Les villes de Bor et Majdanpek, dans le nord‑est de la Serbie, se trouvent sur certains des plus vastes gisements de cuivre et d’or d’Europe. Bien que des traces d’activités minières dans la région remontent à l’époque romaine antique, Bor n’est devenu un grand pôle minier qu’après que la République fédérative socialiste de Yougoslavie a nationalisé les mines en 1951 et créé l’entreprise minière RTB Bor. La création du Bor Mining and Smelting Combine en 1961 a déclenché une période d’expansion industrielle rapide et de croissance démographique.
Vue sur le marché central de Bor, dédié aux fruits, à la viande et aux légumes. Jadis petit village, la ville connaît une croissance spectaculaire après la découverte de gisements importants de cuivre et d’or, qui ont entraîné un développement industriel et attiré de nombreux néo‑ arrivants. Aujourd’hui, la commune de Bor est l’une des plus riches de Serbie, bien que les salaires locaux demeurent bas, comme dans le reste du pays. Bor, Serbie, décembre 2024. ©Matteo Trevisan
Élevée au rang de ville en 1947, Bor attire des travailleurs venus de toute la Yougoslavie, tandis que Majdanpek, à seulement 70 kilomètres, se développe autour d’un autre vaste gisement dont les réserves seraient estimées à plus de 600 millions de tonnes de minerai. Pendant des décennies, les deux villes prospèrent comme les piliers de l’industrie lourde yougoslave. Or, ces jours-là appartiennent désormais au passé.

La chalcopyrite (CuFeS2) est l’uranium cuivre principal à Bor. Sa couleur métallique jaune-or se distingue de la pyrite (plus brillante et plus jaune). La chalcopyrite est souvent confondue avec la pyrite, mais elle est plus tendre et plus opaque. Bor, Serbie, février 2025. ©Matteo Trevisan
Suite à la dissolution de la Yougoslavie, la production du RTB Bor chute fortement et l’entreprise enregistre des années de pertes financières. En 2017, après plusieurs tentatives de privatisation infructueuses, le gouvernement serbe signe un protocole d’entente avec le Fonds monétaire international (FMI), s’engageant à lancer un appel d’offres pour une privatisation ou un partenariat stratégique l’année suivante. En 2018, Belgrade désigne le groupe chinois Zijin Mining comme partenaire stratégique, et le géant minier prend le contrôle de 63 pour cent du RTB.

Au siège de Zijin Mining, de grands écrans diffusent des vidéos promotionnelles des activités de l’entreprise dans la région. Bor, Serbie, février 2025. ©Matteo Trevisan

Une photo affichée sur un téléphone, prise par un ouvrier dans l’un des tunnels de la mine souterraine de cuivre et d’or détenue par Zijin Mining. En 2023, la Serbie exportait plus d’un million de tonnes de minerai et de concentré de cuivre, d’une valeur de 1,46 milliard de dollars américains. Le principal acheteur était la Chine, qui importait près de 604 000 tonnes pour 842,6 millions de dollars, suivie par la Corée du Sud, la Bulgarie et le Brésil. Bor, Serbie, février 2025. ©Matteo Trevisan
Depuis 2018, Zijin a repris le complexe minier de Bor et investi 2,5 milliards de dollars pour étendre ses opérations. Cette expansion ne se limite pas à l’aspect industriel : elle redessine le paysage et transforme la vie des communautés locales. Des familles entières voient leurs maisons, leurs terres et leurs souvenirs disparaître à mesure que la mine engloutit des villages. Parallèlement, le gouvernement serbe n’offre aucune véritable solution de réinstallation.

Jasna, avec sa fille Katarina, dans leur habitation du village de Krivelj. Le village s’efface progressivement sous l’expansion de la mine, mais Jasna et ses proches s’accrochent pour défendre le village et préserver leur foyer, qui appartient à leur famille depuis le XIXe siècle. « Je ne veux pas vivre ailleurs. C’est chez moi. Je me souviens quand j’étais enfant, je jouais avec mes amis sur une colline pas très loin, mais aujourd’hui, cette colline n’existe plus », déclare Katarina. « Mes enfants ne la verront peut‑être plus jamais, car elle pourrait disparaître à jamais. » Bor, Serbie, février 2025. ©Matteo Trevisan

« Un jour, nous aurons une mine sous notre maison », déclare Miodrag, paysan du village de Slatina, devant ses terres agricoles expropriées par Zijin Mining. Miodrag poursuit le litige car il estime l’expropriation injuste. Les moyens de subsistance de sa famille dépendent de ces terres, aujourd’hui réduites à quelques hectares. Slatina (Bor), Serbie, décembre 2025. ©Matteo Trevisan
Les conséquences environnementales de cette frénésie minière sont aussi lourdes à porter : les forêts, les rivières et la faune ont été dévastées, et les habitants respirent l’un des airs les plus pollués d’Europe.

La rivière Borska Reka compte parmi les plus polluées d’Europe. Longue d’environ 47 km et drainant un bassin de 373 km², elle est le principal affluent du Danube via le Timok. Des analyses de sédiments ont révélé de fortes concentrations de cuivre, d’arsenic et de nickel, dépassant les seuils de remédiation, en particulier près des zones minières. Par conséquent, la Borska Reka est considérée comme une « rivière morte », dépourvue de vie aquaticque, avec des impacts environnementaux graves qui se propageant jusqu’au Danube par le Timok. Bor, Serbie, septembre 2024. ©Matteo Trevisan
Bor et Majdanpek incarnent le coût humain et environnemental de l’expansion extractive en Serbie. Des histoires, des foyers et des traditions sont menacés à mesure que la ruée vers les minerais critiques s’accentue.
