Le 8 août 2025, Abdul Malik, une figure clé de premier rang au sein de l’État islamique Province du Khorasan (ISKP), a été tué dans la zone de Tangi, à Qambar Khel, dans le Khyber Pakhtunkhwa, au Pakistan. Malik avait été le principal planificateur opérationnel de l’ISKP et avait auparavant échappé à des opérations antiterroristes dans le Baloutchistan. Sa disparition représente un coup dur majeur pour le réseau régional de l’ISKP, car on croyait qu’il coordonnait des attaques d’envergure au Pakistan et en Afghanistan.
La mort de Malik illustre également le recul de l’espace opérationnel dont disposent les groupes terroristes au Pakistan. Bien que cet assassinat se déroule dans un contexte de luttes internes entre militants, il transmet aussi une réalité plus vaste. L’ISKP est de plus en plus mis sur la défensive. L’assassinat de Malik met en évidence la pression croissante sur la gouvernance de l’ISKP. Le groupe a subi des pertes au niveau de sa direction, conjuguées à une pression antiterroriste soutenue, ce qui indique une dilution de ses capacités opérationnelles, en particulier en ce qui concerne la conduite d’influences massives et d’opérations.
Un refuge sûr pour les terroristes qui se rétrécit
Au cours des deux dernières décennies, le Pakistan a mené plusieurs opérations antiterroristes visant à dissoudre progressivement les réseaux militants organisés afin de priver les groupes extrémistes de refuges. Cela a commencé par l’opération Rah-e-Haq (2007–2009), principalement dans la région de Swat et dans la ceinture tribale, puis l’opération Rah-e-Nejat (2009), qui a repoussé les bastions du Tehrik-i-Taliban Pakistan (TTP) dans le Sud-Waziristan.
En avril 2014, le Pakistan a connu un tournant avec le démarrage de la phase de l’opération Zarb-e-Azb, qui a ciblé de manière systématique l’infrastructure des militants, leurs ordres et leurs réseaux transfrontaliers dans le Nord-Waziristan. Les efforts de développement des capacités ont été renforcés par l’opération Radd-ul-Fasaad (2017), axée sur des opérations basées sur le renseignement, la contre-terrorisme urbaine et l’élimination des extrémistes résiduels. Ces campagnes prolongées visaient à perturber les sanctuaires des terroristes et à fracturer la cohésion de groupes pseudo-légitimes comme l’ISKP.
Cependant, certains soutiennent que les luttes internes entre militants dans le Khyber Pakhtunkhwa ont affaibli la structure de commandement de l’ISKP et limité sa manœuvrabilité plus que les opérations menées par le gouvernement pakistanais. Loin d’afficher une démonstration de force, les conflits internes du groupe mettent en lumière son désespoir et son déclin dans l’environnement sécuritaire pakistanais, de plus en plus inhospitalier.
Le rôle d’autres pays
Le Pakistan a accusé l’Inde d’aider des groupes militants tels que l’ISKP et le TTP en leur apportant des fonds et des orientations stratégiques. Leur permettre d’agir comme des proxies destinés à déstabiliser l’environnement sécuritaire du Pakistan reflète cette préoccupation. En décembre 2020, le Pakistan a présenté un dossier détaillé contenant des preuves du financement indien des groupes, de leur formation et de leurs refuges liés au renseignement indien.
Ces inquiétudes ont été réitérées dans les rapports de l’équipe analytique et de surveillance des sanctions du Conseil de sécurité des Nations unies en 2021, qui ont cartographié les liens entre l’ISKP et le TTP et évoqué une facilitation étrangère.
Malgré ce soutien étranger apparent, chaque terroriste important qui est tué représente un coup majeur porté au mouvement terroriste, et la mort de Malik s’inscrit dans cette logique. Sa disparition souligne que la direction de l’ISKP ne peut résister à l’assaut du Pakistan contre le terrorisme, qui continue de réduire la capacité opérationnelle des groupes terroristes.
Des reconnaissances des sacrifices du Pakistan à la ligne de front, jusqu’aux généraux américains qui qualifient Islamabad de « partenaire phénoménal dans la lutte antiterroriste », les voix internationales n’ont cessé de rappeler le rôle du Pakistan dans le démantèlement de l’ISKP et d’autres réseaux similaires. La trajectoire est de plus en plus claire : l’ISKP est pris à revers. Une série d’opérations pakistanaises a réduit l’emprise de ce groupe à des vestiges dispersés, perturbé sa capacité organisationnelle et mis à nu les mécanismes de soutien externes qui tentaient de le maintenir en vie.
Éradiquer le terrorisme dans la région
Malgré des opérateurs disséminés, le véritable refuge de l’ISKP n’a jamais été au Pakistan. Le rapport du Comité du Conseil de sécurité des Nations unies sur les sanctions et le suivi, publié en juillet 2025, confirme que les pôles organisationnels et les terrains d’entraînement du groupe se situent en Afghanistan, où ils bénéficient de protection et de soutiens logistiques.
À de nombreuses reprises, le Pakistan a averti contre l’environnement permissif que l’Afghanistan maintient et le fait que ce type d’environnement encourage l’ISKP, le TTP et leurs groupes affiliés. De Kunar à Nangarhar, les États qui hébergent des terroristes deviennent une rampe de lancement pour des attaques transfrontalières contre le Pakistan. Ainsi, la question des sanctuaires terroristes en Afghanistan demeure un point central de tension entre les deux pays.
En résumé, le Pakistan ne peut pas éradiquer les racines du terrorisme seul; il nécessite un effort collectif de l’Afghanistan et d’autres États voisins. Après plus de quatre décennies de guerre, la responsabilité incombe désormais aux autorités afghanes de démanteler les sanctuaires terroristes et de couper les réseaux de soutien qui opèrent depuis leur sol.
La paix et la stabilité au Pakistan dépendent directement de la sécurité en Afghanistan, et, par extension, la stabilité de l’ensemble de la région et de la communauté internationale reposent également sur la capacité de l’Afghanistan à relever ce défi. Une approche régionale unifiée, menée par l’Afghanistan et soutenue par les voisins, est cruciale pour éradiquer définitivement le terrorisme en Asie du Sud.
[Natalie Sorlie a édité cet article.
