Dominique Barthier

Etats-Unis

Victoire de Milei à mi-mandat : austérité et érosion démocratique ?

En octobre, le président argentin Javier Milei et son parti, La Libertad Avanza (LLA), ont remporté une victoire cruciale lors des élections de mi‑mandat, qui renouvelaient un tiers des sièges du Congrès. Milei, entré en fonction en 2023, a vu son parti obtenir près de 41 % des voix, un résultat qui constitue le premier test national de sa popularité.

Les résultats électoraux ont profondément changé le paysage législatif, renforçant considérablement la position de Milei. Le LLA a obtenu 13 des 24 sièges du Sénat en jeu et 64 des 127 sièges à la Chambre basse. Il s’agit d’un gain significatif, car avant les élections, son parti ne détenait que six sièges au Sénat et 30 à la Chambre basse. Bien qu’il ne détienne pas la majorité, le LLA devient désormais le bloc minoritaire le plus influent du Congrès.

Ces gains prennent une importance particulière car son programme de réforme précédent, marqué par des coupes budgétaires radicales et une déréglementation, a dû affronter divers obstacles politiques, notamment des parlementaires d’opposition qui ont annulé ses veto sur des lois visant à augmenter le financement des universités publiques, des personnes en situation de handicap et les soins de santé pour les enfants.

Cette représentation renforcée au Congrès facilitera la poursuite de son programme controversé consistant à réduire les dépenses publiques et à déréguler l’économie. Les marchés financiers ont réagi favorablement à la victoire de Milei, les voyant comme un signe que sa survie politique a permis de maintenir vivant son expérience économique — et le soutien crucial des États‑Unis. Avec un soutien parlementaire plus solide, il est probable qu’il mette en œuvre des changements plus radicaux avant l’élection présidentielle de 2027.

Le contexte de l’appui à Milei

La victoire de Milei lors des élections de mi‑mandat survient deux ans après le début de son mandat. Des coupes budgétaires radicales et des réformes fondées sur le libre‑échange ont défini son administration. Il s’est engagé à réduire les dépenses publiques en s’attaquant au budget avec une tronçonneuse symbolique, et depuis lors il a réduit les budgets de l’éducation, des retraites, de la santé, des infrastructures et des subventions, en plus de licencier des dizaines de milliers de fonctionnaires publics.

Le soutien à Milei, même au milieu de l’austérité douloureuse, est ancré dans une profonde insatisfaction vis‑à‑vis des gouvernements précédents et dans le désir de mettre fin à des décennies de mauvaise gestion économique.

Le résultat des élections de mi‑mandat montre que de nombreux Argentins refusent toujours de revenir au modèle péroniste (qui préconisait un rôle prépondérant de l’État dans l’économie pour assurer la coopération entre les entreprises et le travail). Milei impute ce modèle à la longue histoire des difficultés économiques du pays. Avant l’entrée en fonction de Milei, l’inflation atteignait des chiffres à triple valeur annuelle, et le pays traversait une grave crise économique.

Les partisans, y compris le président américain Donald Trump, attribuent à Milei le mérite d’avoir maîtrisé l’inflation, réduit le déficit et restauré la confiance des investisseurs. Les élections ont été marquées de manière significative par l’intervention de Trump qui, dans un message publié sur les réseaux sociaux fin septembre, conditionnait publiquement une aide financière américaine de 40 milliards de dollars à la poursuite du momentum politique de Milei et à sa victoire électorale. Cette menace, brandie contre une économie précaire et fortement endettée, a constitué une intervention politique puissante par la pression financière.

L’apathie des électeurs a aidé la coalition politique de Milei. Le taux de participation s’établit à 67,9 %, le plus bas d’une élection nationale depuis des décennies, suggérant une apathie généralisée envers les politiciens de tout bord. Certains électeurs — libertaires fidèles à Milei, électeurs indécis recherchant stabilité et professionnels urbains anti‑Péronistes — ont soutenu Milei à contrecœur, convaincus que le pays est sur la bonne voie vers la stabilité économique souhaitée.

Le coût douloureux de l’austérité

Cependant, la victoire favorable de Milei lors des mi‑mandats ne constitue pas une approbation universelle de ses politiques, qui ont un coût social élevé. Les critiques estiment que le prix de son austérité a été lourd, avec des difficultés sociales, une dette qui augmente et des menaces de coupes dans les services essentiels.

Les retraités, les personnes handicapées et les jeunes sont particulièrement affectés par les réductions de pensions et les pertes d’emplois imposées par l’austérité de Milei. Avec les coupes budgétaires, les services publics, parmi les meilleurs d’Amérique latine, s’effritent.

Des inquiétudes subsistent quant au risque que les lois essentielles de financement pour les personnes handicapées, que Milei a précédemment vetoées, soient à nouveau « en danger » avec ce renforcement de sa position. Les vetoes des lois visant à augmenter le financement des universités publiques et des soins de santé pour les enfants ont également été source de contentieux. Malgré la promesse de « liberté financière », l’endettement des ménages pour les besoins quotidiens est à un niveau record, neuf ménages argentins sur dix contractent des dettes pour couvrir les nécessités basiques. En 2021, ce tableau était moins grave, avec sept ménages sur dix éprouvant une pression financière.

La question qui se pose est de savoir si la population en général va commencer à se sentir mieux ou si la douleur continue de certaines coupes budgétaires mettra une nouvelle fois à l’épreuve la patience des gens. Pour l’instant, une part importante des électeurs a montré qu’elle était prête à lui accorder plus de temps.

Une opposition faible

Lors des élections de mi‑mandat, les péronistes, le groupe de gauche qui dominait la politique nationale en Argentine depuis la transition démocratique des années 1980, sous la coalition électorale Fuerza Patria (FP), n’ont pas réussi à augmenter leurs sièges au Congrès dans les deux chambres. Avec près de 34 % des voix totales, la FP a conservé le même nombre de sièges au Sénat (neuf au total) et a réduit sa présence à la Chambre basse de trois sièges, représentant un total de 47 sièges.

Cet échec électoral a suivi une victoire péroniste retentissante dans l’élection de la légisature provinciale de Buenos Aires en septembre, où la FP avait obtenu environ 47 % des voix. Ce résultat optimiste pour la FP s’est avéré trompeur; Buenos Aires métropolitain, le plus grand collège électoral du pays avec 17,5 millions d’électeurs, ne reflète pas l’humeur nationale. En réalité, l’ascension de Milei provient du large soutien dont il bénéficie à la campagne rurale et dans des provinces comme Cordoba et Santa Fe.

La difficulté du FP à résonner auprès de la large diversité d’électeurs en Argentine en dehors de Buenos Aires a affaibli l’opposition de la coalition à Milei au Congrès. Avec son pouvoir législatif affaibli, l’opposition principale des péronistes à Milei devrait désormais se déplacer de manière décisive des couloirs du Congrès vers la rue, ouvrant la voie à une période de conflit social accru parallèlement à des changements législatifs radicaux.

Connu pour sa capacité à mobiliser, les péronistes devraient exercer davantage de pression sur Milei en organisant des manifestations et des grèves. Ils l’ont déjà fait, mais jusqu’ici, l’opposition principale contenait ou bloquait les initiatives législatives de Milei.

Une érosion démocratique qui s’accentue

Milei a été élu parce que les électeurs privilégient une libéralisation douloureuse plutôt qu’un retour à une gouvernance péroniste qui a échoué, et parce que la pression financière internationale et la fragmentation politique ont contribué à soutenir sa coalition. Mais ce choix a un coût élevé : l’accélération de l’érosion démocratique.

Selon l’Institut V‑Dem, l’Argentine a connu une érosion à long terme des mécanismes démocratiques de freins et de contrepoids, les contraintes législatives et judiciaires pesant sur l’exécutif s’étant affaiblies depuis le début des années 2000 — un déclin qui avait commencé sous les précédentes administrations péronistes. Sous Milei, toutefois, cette tendance s’est fortement accélérée, marquée par des déclins marqués du contrôle exercé sur l’exécutif et du respect des normes constitutionnelles.

Son renouvelé mandat électoral est susceptible d’approfondir cette détérioration, renforçant davantage la présidence au détriment des autres institutions et accélérant le déclin de l’indépendance judiciaire et de la reddition de comptes démocratique.

Cette montée en puissance au niveau du Congrès arrive alors que Milei fait face à une épreuve cruciale de l’intégrité des institutions : des accusations graves selon lesquelles sa sœur et cheffe de cabinet, Karina Milei, auraient reçu des pots‑de‑vin d’une société pharmaceutique. Dans un contexte où les résultats économiques dominent les débats politiques, ces dimensions éthiques risquent d’être éclipsées, symbolisant la manière dont les institutions publiques peuvent être capturées par des intérêts privés et approfondissant le processus de déclin démocratique.

Dans le scénario actuel, l’élection de 2027 semble favorable à la réélection de Milei. Son discours radical, son mépris des mécanismes de contrôle institutionnel et son alignement étroit avec Donald Trump renforcent sa position face à tout candidat d’opposition. Si son programme d’austérité parvient à apporter une stabilité économique, une part significative des Argentins semble prête à le tolérer — même au prix d’une nouvelle érosion démocratique.

[Kaitlyn Diana a révisé cet article.]

Dominique Barthier

Dominique Barthier

Journaliste passionné par la vie publique, j'explore les rouages de la politique française depuis plus de dix ans. J’ai à cœur de rendre l'information accessible, rigoureuse et engageante pour tous les citoyens. Chez ElectionPrésidentielle.fr, je décrypte l’actualité avec une exigence constante de clarté et d’indépendance.