Le 25 octobre, le premier tour de l’élection présidentielle bulgare s’est déroulé. La présidente sortante Iliana Yotova est arrivée en tête, soutenue par le parti au pouvoir Bulgarie progressiste (Progressive Bulgaria) dirigé par le Premier ministre Rumen Radev. Bien qu’elle ait pu espérer obtenir une majorité absolue, les sondages à la sortie des urnes annonçaient entre 40 % et 47 %, mais son score de 34,8 % est nettement inférieur aux attentes.
Son principal adversaire, Andrey Gyurov, ancien Premier ministre par intérim et soutenu par les partis d’opposition pro-européens We Continue the Change (PP) et Democratic Bulgaria (DB), est arrivé deuxième avec 32 %, contre 26 %–31 % dans les sondages. Le parti d’extrême droite Vazrazhdane a enregistré une progression un peu plus marquée que prévu, le candidat Kostadin Kostadinov obtenant 12,6 % contre 10 % dans les prévisions. La participation a atteint un niveau historique bas, avec seulement 23 % des électeurs éligibles ayant voté, contre 38 % lors du premier tour de l’élection présidentielle de 2021.
Au-delà des candidats eux-mêmes, les résultats reflètent des divisions politiques sur la performance du gouvernement et le positionnement de la Bulgarie au sein de l’Union européenne et vis-à-vis de la Russie.
Mécontentement et tensions géopolitiques
Le résultat de Yotova, inférieur aux attentes, suggère que le soutien au gouvernement se dégrade après plusieurs mois au pouvoir. Alors que Radev avait enregistré une victoire écrasante lors des élections législatives d’avril 2026, remportant 44 % des voix et une majorité absolue, son parti de gauche voit désormais son score s’établir autour de 39 %. La différence est d’autant plus marquée lorsque l’on compare le nombre d’électeurs : alors que 1,4 million de personnes avaient voté pour Radev et Bulgarie progressiste en avril, environ 500 000 ont voté pour Yotova ce dimanche passé.
Cela pointe vers un mécontentement croissant vis-à-vis de la majorité au pouvoir. À ce stade, Radev n’a pas réussi à démontrer de manière suffisante qu’il se démarque de l’establishment politique qu’il avait promis de combattre. En particulier, la hausse du coût de la vie et l’inflation demeurent des préoccupations majeures pour les citoyens.
Un autre facteur susceptible d’avoir pesé encore davantage sur le résultat est l’intensification des tensions en mer Noire, après deux attaques de drones contre des navires de commerce dans la zone économique exclusive bulgare en l’espace d’une semaine en octobre. Deux bateaux ont coulé et des membres d’équipage demeurent portés disparus. Ces incidents ont remis au premier plan la question de l’orientation géopolitique de la Bulgarie et de ses relations avec la Russie et l’Ukraine, les deux principaux candidats adoptant des positions divergentes.
La politique étrangère comme ligne de fracture électorale ?
Gyurov adopte une posture pro-européenne et pro-ukrainienne. Pendant son mandat de Premier ministre par intérim, la Bulgarie et l’Ukraine ont signé un accord de coopération en matière de sécurité. Il a également condamné plus fortement les attaques par drone dans la mer Noire, se fondant sur les conclusions du Conseil européen qui évoquent une implication russe. En revanche, à la fois Radev et Yotova ont condamnés les attaques mais se sont abstenu d’accuser directement la Russie, se bornant à affirmer que la Russie pourrait en tirer profit.
Cela reflète l’approche devenue typique de Bulgarie Progressiste consistant à mener une politique étrangère ambiguë ou, selon les mots de Radev, « pragmatique », tout en affirmant plus vigoureusement les intérêts nationaux de la Bulgarie au sein de l’UE et de l’OTAN. Radev a annoncé que la Bulgarie ne participerait pas aux nouvelles mesures d’aide de l’UE à l’Ukraine. Tant Radev que Yotova ont souligné que la paix en Ukraine doit être obtenue par le dialogue et non par le combat, appelant à un échange avec la Russie.
Cette rhétorique ambitieuse a peut-être coûté à Yotova des soutiens. Son positionnement rend difficile son attraction pour l’ensemble des électeurs, ce qui pourrait amener davantage d’électeurs pro-européens à se tourner vers Gyurov et davantage d’électeurs pro-russes à suivre le candidat d’extrême droite. Par rapport aux élections législatives d’avril, le candidat soutenu par PP-DB et le candidat proposé par Vazrazhdane ont vu leur part de voix doubler, avec 12,6 % pour PP-DB et 4,3 % pour Vazrazhdane en avril. Même si les chiffres ne sont pas directement comparables entre les deux scrutins, ils indiquent néanmoins des mouvements d’électeurs.
Un autre facteur important est la décision du parti GERB (Citoyens pour le Développement Européen de Bulgarie), pour la première fois en vingt ans, de ne pas présenter son propre candidat ni d’apporter son aval public à un autre candidat. Le leader du parti, Boyko Borissov, a soutenu que présenter une candidature GERB pourrait scinder le vote pro-européen et, en fin de compte, profiter à Yotova. Il a en outre souligné que son parti souhaite se concentrer sur les élections locales de 2027 plutôt que sur une présidentielle.
Une épreuve du pouvoir politique
Yotova affrontera Gyurov au second tour le 1er novembre. Bien que le président bulgare n’ait que des pouvoirs formels relativement limités, il peut opposer son veto à un texte de loi, obligeant l’Assemblée nationale à le réexaminer. Plus largement, l’instabilité politique récente a montré combien la présidence peut gagner en importance politique au-delà de ses prérogatives. Entre huit scrutins parlementaires en six ans et des difficultés à former des gouvernements stables, l’ancien président Radev a nommé plusieurs gouvernements intérimaires entre 2021 et 2025. Cette crise prolongée lui a permis d’apparaître comme un acteur politique stable, ouvrant la voie à une éventuelle fonction de premier ministre.
Une victoire de Yotova dimanche signifierait une concentration encore plus importante du pouvoir entre les mains de la majorité au pouvoir. À l’inverse, Gyurov se présente comme une force de contrepoids. L’issue dépendra de la capacité de chaque candidat à mobiliser les électeurs qui ont soutenu les autres candidats du premier tour, ainsi que du niveau de participation global.
Au second tour de l’élection présidentielle bulgare de 2021, la participation avait reculé de six points. Si une diminution similaire se produit cette fois-ci, elle soulèverait des questions inquiétantes sur l’engagement civique et la légitimité démocratique.
[Lee Thompson-Kolar a édité cet article.]
