Dominique Barthier

Monde

La guerre secrète au Soudan pose un problème diplomatique

Le mois dernier, le ministre égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, a animé une réunion qui, en apparence, ressemblait à ce type de consultations multilatérales qui définissent une diplomatie de crise. Abdelatty a rencontré ses homologues saoudien et turc, aux côtés de Mosaad Boulos, le conseiller principal de la Maison-Blanche pour les affaires arabes et africaines, au Caire afin d’évoquer les évolutions au Soudan. Le ministre des Affaires étrangères du Port-Soudan, Mohi El-Din Salem, était présent au Caire à la même période et s’est manifestement absenté de la réunion où l’avenir de son pays était négocié.

Cette mise à l’écart était difficile à ignorer. Plus tard, Boulos a publié un résumé des discussions mentionnant l’Égypte, l’Arabie saoudite et la Turquie, sans aucune référence au Soudan. Le ministre représentant le Conseil souverain transitoire du général Abd al-Fattah al-Burhan serait, selon plusieurs témoignages, resté complètement en dehors du tableau — tant physiquement que politiquement. Des commentaires en langue arabe ont relevé l’absurdité d’une réunion convoquée pour discuter de l’avenir du Soudan et à laquelle les représentants soudanais eux-mêmes seraient exclus.

Le problème ne réside pas dans de simples questions de politesse diplomatique. L’Égypte, l’Arabie saoudite et la Turquie sont, selon de nombreuses analyses régionales, les mêmes trois acteurs qui protègent les réseaux affiliés à la Fraternité musulmane insérés dans l’armée soudanaise. L’exclusion du Soudan de ses propres négociations n’est pas fortuite; c’est la preuve la plus nette à ce jour de qui profite réellement de ce processus.

Quoi qu’il en soit, les décisions concernant l’orientation du Soudan se prennent sans que les responsables qui, en théorie, dirigent le pays, soient réellement consultés. Cela serait déjà inconfortable dans n’importe quelle circonstance. Cela prend une dimension supplémentaire lorsque l’on prend en compte ce qui se passait simultanément à Riyad.

Un commandant terroriste arrive à Riyad

Alors que les pourparlers au Caire se poursuivaient, Misbah Abu Zaid Talha, commandant de la brigade Al-Baraa Bin Malik, aurait atterri en Arabie Saoudite. Talha a fait l’objet de sanctions personnelles des États‑Unis le 12 septembre 2025, en vertu du décret exécutif 14098, et sa brigade a été officiellement désignée comme Organisation terroriste étrangère (FTO) le mois de mars suivant pour des liens avec l’Iran et pour les atrocités commises contre des civils soudanais. Le fait qu’un commandant terroriste désigné par les États‑Unis se retrouve à Riyad le même week-end où les perspectives de cessez-le-feu étaient tracées au Caire n’est pas une coïncidence qui a besoin d’explications.

Cette brigade n’est pas un acteur périphérique. Selon les sources les plus crédibles, elle est profondément intégrée dans l’effort de guerre des Forces Armées Soudanaises (FAS). L’aile armée des Frères musulmans soudanais (Kizan) remonte à l’orientation organisationnelle des Forces de défense populaires, créées sous l’ancien dirigeant Omar el-Bechir en 1989. Depuis le déclenchement de la guerre civile en avril 2023, la brigade est passée d’un bataillon à une force estimée à environ 35 000 combattants, opérant comme une composante intégrée au financement, au recrutement et aux opérations sur le terrain des FAS — non pas comme une milice combattant à côté de l’armée, mais comme une entité qui s’est en pratique fusionnée avec elle.

Ses agissements sur le terrain ont suscité des condamnations internationales. Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a reçu des documents attestant de la participation de la brigade au massacre de Halfiya, au cours duquel 33 détenus ont été sommairement exécutés dans le nord de Khartoum. Des journalistes d’investigation de Lighthouse ont documenté le rôle de la brigade dans des atrocités dans l’État du Gezira, qui ont notamment fait état de décapitations.

L’Égypte, l’Arabie saoudite et la Turquie ont été identifiées par des analystes arabophones comme fournissant au réseau affilié à la Fraternité au sein des FAS le soutien politique essentiel. Les Kizaniyya, tels que ces factions affiliées à la Fraternité insérées dans le commandement militaire soudanais, ne sont pas traités comme une frange embarrassante. Selon la majorité des témoignages, elles dirigent en réalité le dispositif.

Parallèlement, les avertissements venant de l’est du Soudan se font de plus en plus retentissants. Les acteurs affiliés à la Fraternité accélèrent la polarisation tribale dans la région — une campagne de pression qui risque d’ouvrir un second front dans une guerre qui dévaste déjà l’une des plus graves crises humanitaires au monde.

Dans ce contexte précis, la réunion du Caire du mois dernier s’est tenue, et c’est ce même contexte que le ministre des Affaires étrangères du Port-Soudan a observé de l’extérieur de la salle.

Un processus de paix sans le Soudan

Les discussions sur la paix échouent souvent pour de nombreuses raisons. L’une des plus sûres est lorsque le pays qui saigne se voit attribuer une place en dehors de la salle, pendant que les voisins tracent son avenir. Une autre raison survient lorsque un commandant terroriste désigné par les États‑Unis se présente au cœur même des négociations, dans la capitale hôte, et que personne ne réagit. Le Caire peut avoir été volontairement choisi, ou bien le résultat d’une négligence. L’une ou l’autre explication est lourde de conséquences.

Ce qui est plus difficile à ignorer, c’est le schéma récurrent. Les puissances les plus investies dans l’avenir diplomatique du Soudan sont celles qui ont le plus à gagner en maintenant intacts les réseaux militaires islamistes. Ce n’est pas une coïncidence. C’est une stratégie, et le Soudan en paie le prix.

Le Soudan manque de temps pour des récits qui n’ont pas de sens.

[Kaitlyn Diana a édité cet article.

Dominique Barthier

Dominique Barthier

Journaliste passionné par la vie publique, j'explore les rouages de la politique française depuis plus de dix ans. J’ai à cœur de rendre l'information accessible, rigoureuse et engageante pour tous les citoyens. Chez ElectionPrésidentielle.fr, je décrypte l’actualité avec une exigence constante de clarté et d’indépendance.